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Y.LEIBOVITZ

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                                                   SOMMAIRE :

-La foi de Agnon

-Papes, antisémitisme chrétien ou laïque

-LA MAUVAISE CONSCIENCE D'ISRAEL (ENTRETIENS AVEC JOSEPH ALGAZY)

 

 

 

 

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Colloque consacré à Agnon

Musée Israël

Mars 1994

 

La foi de Agnon

 

Mesdames et Messieurs,

 

D'un certain point de vue je me sens ici comme un "enfant otage". Vous comprendrez que je ne complète pas l'expression consacrée [rires dans la salle] : « otage » non « parmi les nations », mais plutôt « d'un monde qui n'est pas le sien », à savoir celui de la critique littéraire. Non que je veuille me couvrir de fausse modestie en disant que je n'y comprends rien, mais quoi qu'il en soit, il s'agit d'un domaine auquel je n'ai pas énormément réfléchi.

Par conséquent, il est probable que je ne sois pas en mesure de juger l'œuvre immense de Agnon - et c'est une œuvre immense - ni même capable d'en saisir toute la signification en tant qu'œuvre littéraire. J'en dirai malgré tout de même quelque chose, bien entendu. Seulement pour l'essentiel, pendant les quelques minutes qui me sont offertes je voudrais parler de l'homme Agnon, que j'ai eu le privilège de connaître d'assez près.

 

« La foi de Agnon ». La foi est avant tout un concept dont le nombre de significations est quasiment infini et lorsque nous ne parlons pas de la foi en général mais de la foi d'une personne, cela nous oblige en fait à sonder les tréfonds ou l'intériorité d'un autre être humain, chose absolument impossible.

Mais par bonheur, le précédent orateur qui n'a abordé cette question que par quelques phrases, a évoqué, consciemment me semble-t il, un aspect, et le plus crucial, du problème dont je voudrais parler. De ce point de vue- là je lui suis reconnaissant, il a pavé le chemin devant moi.

La foi de Agnon. Mon prédécesseur parlait quant à lui toujours en terme de "vêtement". Je ne sais pas s'il l'a fait intentionnellement ou pas, mais il a eu recours - par l'absurde - à l'univers de la cabale, dont je suis non seulement aussi éloigné que l'Est l'est de l'Ouest mais auquel je conteste également la moindre valeur. Cet univers constitue néanmoins l'un des chapitres de l'histoire de la pensée juive et dans cet univers le terme de "vêtement" recouvre une très large signification, précisément par rapport à la foi.

Donc, bien que par la suite je m'efforcerai d'aborder certains éléments de l'œuvre de Agnon, ou tout au moins certaines parties importantes de son œuvre, je voudrais maintenant parler de ce que j'ai connu – ou tout au moins de ce que je pense avoir réussi à connaître - de sa personnalité. Il me semble que je parviendrai – dans la mesure où la chose est possible - à vous en faire part en vous racontant une conversation que nous avons eu lui et moi, je ne sais pas, il y a trente ou quarante ans.

 

Agnon me demanda – inutile de vous dire que je ne pourrai vous répéter exactement les mots de notre conversation qui se produisit à l'improviste, en revanche je me souviens parfaitement de son contenu et je vais tenter de reformuler notre échange de paroles sans vous garantir que ces dernières aient été dites véritablement dans ces termes-là, faute de souvenir. Cela donnait à peu près cela : "Sauriez-vous me dire, Yechayahou, pour quelle raison la force incroyable – cette force absolument méconnue et incompréhensible de l'extérieur - qu'avait la foi dans la réalité historique du judaïsme s'est-elle complètement brisée ?" Il a peut-être dit « Quelle fut la cause » ou bien « qu'est-ce qui a causé le fait que la force prodigieuse qu'avait la foi dans la réalité historique du judaïsme se soit complètement brisée. » Complètement brisée. Le fait même de poser une telle question témoigne de ce qui préoccupait Agnon.

Qu'il me soit permis de dire que selon moi, qui ne suis pas un critique qualifié, lorsque j'aborde ses plus grandes œuvres d'un point de vue littéraire, cette question-là - la destruction du judaïsme historique, dont la foi constituait le contenu - était quelque chose qui le préoccupait au plus haut point et ce depuis les histoires des « craignant Dieu » jusqu'aux nouvelles érotiques. Cette problématique, la destruction du judaïsme historique, occupait très largement sa conscience. Cela témoigne du fait que tout ce qui concerne la foi était à ses yeux une affaire d'intériorité, pas un "vêtement".

Voici la réponse que je lui ai donné et dont bien sûr aujourd'hui je ne me souviens pas non plus dans sa formulation exacte. Cette réponse - il me confia plus tard qu'elle comptait énormément pour lui - la voici à quelque chose près : « Rabbi Chmouel Yossef, vous me demandez, ou vous me faites part d'une question qui suppose -pour que la question soit comprise- que celui à qui elle est posée soit versé dans les trois mille ans d'Histoire du peuple juif et du judaïsme afin qu'il comprenne à quelle force, puis à quelle cassure vous faites allusion. Or vous me posez cette question de but en blanc, en supposant – cela m'honore vraiment beaucoup - que je compte parmi ceux qui comprennent et connaissent la nature et la portée de votre question. Eh bien je vais vous proposer une réponse tout aussi inopinée que votre question, même si je sais que pour la comprendre convenablement il faudrait que celui qui s'y intéresse soit lui aussi véritablement versé, dans sa personnalité, son intériorité, sa conscience et ses connaissances, dans le monde des trois mille ans d'Histoire du judaïsme. Je suis toutefois certain que vous comprenez bien ces choses-là et que ce que je ne dirai que par allusion sera parfaitement clair pour vous ».

 

C'est ainsi que j'ai introduit la réponse que je lui ai donné et que je voudrais partager avec vous. De nouveau, je vous présente mes excuses, je ne suis pas sûr d'avoir employé exactement ces mots-là, mais voici à peu près ce que je lui ai dit : "La force de la Torah a été brisée dans le peuple juif lorsque la Torah est devenue Talmud-Torah". Aujourd'hui - je vous l'ai déjà dit, c'était il y a peut-être quarante ans - je ne me souviens plus si j'ai précisé "Talmud-Torah professionnalisé" parce que la notion de "professionnalisation" du domaine de la foi est effectivement revenue à plusieurs reprises tout au long de notre conversation. La Torah est devenue Talmud-Torah.

 

Bon, comme je vous l'ai dit il y a quelques instants, il est certain que cette réponse, dans cette formulation d'une dizaine de mots et sur un tel sujet est incompréhensible à quiconque n'est familier ni de la signification du mot Torah - qui était dans le peuple juif l'objectivation de la foi - ni de l'institution Talmud-Torah ou de ce qu'elle fut autrefois.

 

Je peux vous dire que Agnon fut extrêmement sensible, à en croire ses paroles, à cette réponse. Il dit alors que j'avais énoncé là une chose à laquelle il avait énormément réfléchi sans avoir pour autant réussi à formuler lui-même tout cela sous cette forme ou dans la juste expression qu'il reconnaissait à mes mots.

Une Torah devenue Talmud-Torah. Ce qui veut dire un métier, un métier destiné à des professionnels. Autrement dit, il s'exprima lui-même dans ces termes par la suite, le verset "Moïse nous a ordonné la Torah, héritage de l'assemblée de Jacob" pourrait être aujourd'hui reformulé ainsi : "Moïse nous a ordonné la Torah, héritage de ceux qui la commercialisent." תורה צוה לנו משה, מורשה למתפרנסים בה [rires dans la salle]

 

Cette conversation que nous eûmes portait également sur un autre sujet auquel je réfléchis beaucoup vis-à-vis de Agnon. Mon prédécesseur a par ailleurs lui aussi évoqué ce sujet sur lequel je voudrais revenir sous la forme d'une question. D'un côté, il y avait chez Agnon - du moins dans la dernière période de sa vie, après sa deuxième alya et jusqu'à sa mort - une foi très profonde. D'un autre côté, ce qui caractérisait fortement cet homme c'est son cynisme par rapport à presque toutes les valeurs humaines ! Un cynisme nihiliste. On pourrait ici établir une certaine analogie entre sa conception de la foi d'un côté et l'incarnation de la foi dans le monde des croyants de l'autre ( la concrétisation de la foi dans la réalité). De même pour sa relation au sionisme d'une part et aux sionistes de l'autre. Là encore on retrouve cette même dualité. D'un côté, selon lui, le sionisme portait véritablement l'enjeu d'un renouveau du peuple juif et du judaïsme, mais d'un autre côté Agnon méprisait totalement la concrétisation du sionisme tel qu'il fut pensé, conçu et réalisé par les sionistes.

Il en va de même pour la foi. D'un côté la Torah, de l'autre ceux qui se considèrent sincèrement comme des hommes de Torah et que l'ensemble de la population considère aussi comme ceux qui incarnent la Torah ou s'efforcent de l'incarner ou encore représentent l'incarnation de la Torah. Il les dénigrait totalement, jusqu'au cynisme. L'univers du rabbinat, celui des chefs hassidiques et ce qui tient lieu de réflexion religieuse.

 

Tout cela pose une question : la foi qui l'habitait l'habitait-elle vraiment ou ne constituait-elle que l'habit d'une absence de foi ? Je me suis beaucoup interrogé à ce sujet, j'en ai quelque fois parlé avec lui et je dois dire que je ne me rappelle malheureusement pas si nous avons vraiment discuté à fond de cette question. Ce que je me permets de rapporter maintenant devant vous est donc une impression plus qu'une certitude. Je pense qu'Agnon incarnait en tant qu'homme un élément très important de la foi authentique et profonde. Effectivement, l'autre versant de la foi, au sens le plus profond du terme, c'est précisément le cynisme et le nihilisme vis-à-vis de la majorité des valeurs humaines. Et voici la question : lorsqu'un homme est véritablement conscient de son statut devant Dieu (or Agnon -l'homme- et son œuvre exprimaient véritablement la conscience qu'un homme a de son statut devant Dieu), ceci n'implique-t-il pas que tout ce que l'on appelle les valeurs humaines soit à ses yeux nul et non avenu ? Autrement dit, la foi, s'il s'agit véritablement de la foi en Dieu, annule toutes les autres croyances. Par conséquent, le rapport cynique qu'il entretenait vis à vis de la foi telle qu'elle s'est incarnée aujourd'hui ne s'oppose pas à la foi véritable, mais au contraire peut-être s'impose-t-il à partir de la foi.

 

Il n'aurait pas pu reconnaître ni considérer que le monde de l'étude aujourd'hui (le monde des yéchivot, les rabbanim, les institutions rabbiniques) ait une quelconque signification religieuse, car ces gens défendent tous des intérêts humains. Des intérêts cela ne signifie pas forcément des intérêts matériels, il peut aussi s'agir d'intérêts psychologiques ou de besoins psychiques de l'être humain, mais tout cela ce n'est pas la foi en Dieu.

 

Je pourrais vous rapporter de nombreuses expressions de son cru qui sont restées gravées dans ma mémoire. Il y en a d'autres dont je ne me souvenais plus mais que ma femme m'a rappelées. Il est est en effet venu quelques fois chez nous, et nous bavardions. Je ne pourrai ainsi pas m'empêcher de vous rapporter ce mot par lequel il rappela l'un des souvenirs qu'il gardait de sa ville natale, la sainte communauté (cette expression vient de "sainte assemblée", il parlait de Botchach) dans laquelle on trouvait bien entendu crainte du ciel, étude, enseignement de la Torah, accomplissement des mitsvot, etc. Il disait se souvenir depuis son enfance d'une expression qu'il entendait alors pour qualifier des personnes importantes et honorées dans le monde de cette « sainte assemblée ». Il la répétait, avec une prononciation askénaze, reprenant un verset de Jérémie: "un voleur, un assassin, auteur d'adultère, aber a scheiner yid !" [rires dans la salle]. Voleur, assassin, adultère, aber a scheiner yid, mais un bon Juif ! A-scheiner-yid. Voilà une chose que Agnon n'aimait pas, non pas parce que dans certains cas - il y eut effectivement certains cas mais il généralisait - le scheiner yid était un homme assez proche du voleur, de l'assassin ou d'un auteur d'adultère, mais même se rapportant à des personnes qui se tenaient éloignés de tels comportements, ce phénomène du «bon Juif», tel qu'il le connu, était à ses yeux méprisable. Non pas parce qu'Agnon ne croyait ni dans la Torah ni dans les valeurs de la Torah, mais au contraire en raison de la foi extrêmement profonde à laquelle il semble être arrivé, tout au moins dans les dernières années de sa vie. La foi en Dieu oblige quasiment l'homme à un rapport cynique, voire nihiliste, à l'égard de tout ce qui est reconnu comme valeur dans la réalité sociale, culturelle, etc.

 

Partant, l'histoire que j'ai rapportée devant vous rejaillit aussi de temps à autres sur son œuvre littéraire. Ce n'est que mon avis mais je le pense profondément et telle est en tout cas l'impression qu'il me faisait. Je l'ai dit il y a quelques minutes, cela rejaillit même dans les histoires les plus simples, dans ses nouvelles ou dans ses romans modernes dans lesquels Agnon décrit le judaïsme détruit des Juifs modernes qu'il met en scène. La vérité est que ce judaïsme ne fut pas seulement détruit parmi ces gens-là, mais dans sa totalité.

 

A cet instant je repense à l'un de ses récits que de toute évidence la plupart d'entre vous connait, tout au moins beaucoup d'entre vous. L'histoire des deux jeunes talmidei hakhamim de Brodi - l'un d'origine pauvre et l'autre de noble ascendance - pour qui le monde de la Torah est celui de l'étude. Ils ne mènent pas une vie de Torah mais une vie d'étude de la Torah. Les liens qui se tissent entre eux, eu égard à leur différence de statut social et compte tenu de leur relation personnelle, reflètent un univers dans lequel Agnon ne reconnaît pas le monde de la Torah. Il s'agit d'après lui d'un monde dans lequel la Torah s'est faite talmud-torah.

 

Je ne peux m'étendre sur ce que je viens de dire - cela m'est peut-être difficile - car je ne sais pas si j'ai suffisamment réfléchi à tout cela. La foi religieuse, au sens le plus profond du terme, a pour revers un nihilisme et un cynisme vis-à-vis des valeurs humaines. Nous en parlions. Je ne me souviens plus dans quel contexte mais nous avons parlé de Qohélèt et cela m'avait énormément réjoui d'entendre Agnon parler de tout cela. C'est une chose à laquelle je réfléchis toujours, aussi me suis-je grandement réjoui qu'il médite lui aussi ce point là. Qohélèt est un livre qui porte une signification des plus profondes en terme de foi religieuse. Son nihilisme est l'expression du fait que l'auteur (dont nous ne connaissons ni l'identité ni l'époque) de ce livre (admis comme l'un de nos écrits saints) approfondit tant sa foi qu'il parvint à la conclusion que toutes les valeurs et tous les éléments de la réalité humaine ne pèsent pas plus que du vent. Une fois de plus, je ne peux garantir que tels furent les mots qu'il employa, je ne m'en souviens pas, c'était bien entendu il y a fort longtemps, mais il a exprimé cette idée-là de façon assez claire, à savoir : le livre de Qohélèt n'est pas un livre de scepticisme religieux, mais un livre qui véhicule la foi la plus profonde et dans lequel c'est précisément la profondeur de la foi qui implique un rapport de néantisation vis-à-vis de ce qui est fréquemment admis comme valeurs humaines universelles. Vous connaissez tous cela dans le texte : « Vanité des vanités, tout est vanité ». Le mot « tout » revêt ici une signification cruciale. Tout. Il me semble qu'il y avait quelque chose de cela chez Agnon.

 

Voilà tout ce que je peux vous dire de cette grande question. Cela demanderait bien entendu une analyse littéraire plus approfondie de ses plus grandes œuvres, de Tmol chilchom par exemple. Sous l'apparence d'un récit d'une portée littéraire et d'une signification historico-littéraire très importantes, cette idée, selon laquelle la foi en Dieu - qui l'habitait, tout au moins à la fin de sa vie – annule de nombreuses valeurs universelles et autant d'idéaux ou aspirations humaines serait-elle encore enfouie ?

Je ne peux que vous faire part de cette question à laquelle je suis moi-même incapable d'apporter une réponse définitive et je livre tout cela à votre réflexion.

Yechayahou Leibovitz

 

 

[1]אפשר שליבוביץ כיוון בדבריו, בין היתר, לסיפורו של עגנון "המלבוש", המופיע בכרך 'עד הנה'. זהו סיפור אלגורי על חייט שניתן בידו אריג משובח לעשות ממנו מלבוש לשר, אלא שהוא מתרפה בעבודתו, ולא עוד אלא שטינפו, ולא עוד אלא שאבדו. די ברור שהמלבוש כאן איננו אלא קיום המצוות, שהאדם מתרשל בעשייתן. [2]בספרו של ששר, אכן מעיד ליבוביץ שהוא ענה לעגנון כך: "עניתי לו שחורבן היהדות נגרם על ידי הפיכת התורה לתלמוד תורה מקצועי (ההדגשה במקור)...". ואולם בשיחתו של ליבוביץ עם עמוס עוז, שניתן להאזין לה במאגר קובצי האודיו, הניסוח הוא "כוחה של התורה בעם היהודי, ביהדות, נשבר משעה שהתורה הפכה לתלמוד תורה". המונח "מקצועי" אינו מופיע. אגב, בשיחתו של ליבוביץ עם ששר הוא מוסיף ומעיר שתשובתו איננה נכונה מבחינה היסטורית, כי התהליך החל לפני המשבר הגדול של המאה ה-19., אבל הדבר בולט בעיקר כיום. [3]הספר ה"ציוני" הגדול של עגנון הוא בודאי "תמול שלשום", ומה שליבוביץ מתאר מוצג שם יפה מאוד, וביחוד בדמויותיהם של עסקנסון ועסקנסקי ועסקנוביץ . משהו מזה אפשר למצוא גם בסיפור המופלא "שבועת אמונים", בכרך 'עד הנה'. אבל לשיא הזלזול שלו בציונים והלגלוג עליהם הגיע עגנון ב"פרקים של ספר המדינה", שבכרך 'סמוך ונראה'. ביטוי לזה אפשר למצוא גם בסיפורו של עמוס עוז על ברכתו של עגנון את בן גוריון ביום הולדתו, שאותו אפשר לשמוע בקובץ האודיו הנ"ל. [4]מילולית: יהודי יפה [5]ואמנם חורבנה של אותה יהדות תופס מקום רב בסיפוריו של עגנון, וביחוד באפוס הגדול "אורח נטה ללון". [6]הכוונה לסיפור "שני תלמידי חכמים שהיו בעירנו" המופיע בכרך 'סמוך ונראה', שהוא מסיפוריו הקדומים של עגנון. לא ברור מהיכן ליבוביץ הסיק שמדובר בעיר ברודי, שהיא עיר שהיו בה למדנים רבים והקרובה יחסית לעירו בוצ'אץ', כיוון שעגנון לא מזכיר את שם העיר בסיפור עצמו. והסיפור הוא על שני תלמידי חכמים שהיו לחברים ואפילו באו לידי לימוד תורה יחדיו. מעשה שהתנצחו בהלכה, ובן הגבירים, שהיה גם בן למשפחת רבנים מפורסמת, עלב בבן העניים. מאז נפער ביניהם קרע עמוק, הנעלב לא מחל על עלבונו עד למותו , וגם העולב חי כל ימיו תחת צילו של אותו עלבון שעלב ברעהו. משהו דומה אנו מוצאים גם בסיפור הנודע "תהלה", אף כי שם הנושא הוא הקרע העמוק בין החסידים למתנגדים.

 

 

 

 

PAPES, ANTISEMITISME et MODERNITE « LAÏQUE »

 

Pendant plus de dix ans, Y.Leibovitz fut l’interlocuteur de Marcel Dubois, un dominicain français, qui entre 1974 et 1995 remplit les fonctions de conseiller principal du Vatican pour les relations avec le judaïsme, pour l'essentiel sous la direction de Carol Wojtyla, pape de 1978 à 2005.

Fin septembre 1997 paraissait la Déclaration de repentance par laquelle les évêques de France énonçaient ce que quelques mois plus tard, Rome produirait à son tour, à savoir un texte publié par le secrétariat romain pour les relations avec le judaïsme, reconnaissant que "l'enseignement du mépris" a favorisé l'antisémitisme et le génocide des Juifs. L'Église catholique avouait ainsi que «l’enseignement du mépris» qu’elle a diffusé au long des siècles la rend en partie responsable de l’extermination de six millions de Juifs pendant la seconde guerre mondiale. Le contenu de cette déclaration, puis de ce texte, doit-il rien, peu ou beaucoup aux nombreux et longs échanges entre Marcel Dubois et le pr. Y.Leibovitz ? Quoi qu'il en soit, difficile de ne pas relever la ressemblance entre ces aveux et les accusations du vieux professeur.

Pour Leibovitz en effet, la réalisation du programme nazi n’aurait pas été tolérée par les peuples américain et européens sans cette culture chrétienne anti-juive vieille de plusieurs siècles. Et il semble bien que pour Leibovitz la catastrophe exterminatrice ne soit pas tant le fait de la haine ou du programme nazi que le résultat du laisser-faire de l'immense majorité de toutes les populations de tous les peuples européens, lesquels ne suivirent pas l'héroïsme des quelques Justes isolés qui se distinguèrent et s'opposèrent même parfois à la totalité de leur entourage ou de leurs compatriotes.

Leibovitz a entretenu de nombreuses relations avec différentes personnes et différents groupes chrétiens. Il s’attachait à respecter comme il se doit chaque personne tout en soulignant avec une rare érudition la radicale et éternelle incompatibilité du judaïsme et du christianisme.

 

 

 

L’erreur de Hochhut

La pièce de Rolf Hochhut, Der Stellvertreter (Le vicaire, 1963) a suscité maintes discussions passionnées dans le monde entier, chez les chrétiens comme chez les juifs. Traduites dans de multiples langues, dont l’hébreu, elle a été jouée sur de nombreuses scènes, y compris en Israël. L’essentiel de l’œuvre de Hochhut tien dans le face à face entre les deux perceptions du christianisme: nouménale et phénoménale; le christianisme idéal, tel que l’auteur le conçoit, et le christianisme tel qu’il en voit l'incarnation dans la réalité. Hochhut a explicitement exprimé cette clé de son œuvre dans la conférence qui a suivi le débat public provoquée par sa représentation, conférence intitulée: «Pie XII et les juifs: le pape avait-il le droit de se taire?» (1964).

 

Pour Hochnut, le sens profond et la vocation du christianisme sont parfaitement clairs et il n’a aucun doute à ce sujet. Sa pièce est conçue comme un espace où résonne le message chrétien que l’auteur formule par la bouche d’un «chrétien véritable», mais non officiellement mandaté – et ce, afin de mettre en relief l’antinomie entre la vocation et l’esprit de ce christianisme, d’une part, et sa représentation incarnée officielle, d’autre part: le vicaire, l’homme qui parle au nom et par la voix du Christ, Messie et Dieu de la chrétienté – et qu’il a donc trahi. Hochhut n’est pas catholique et il est même peu probable qu’il ait la foi chrétienne. Mais il en accepte les dogmes comme autant d’axiomes et de ce fait considère inadmissible la participation – passive, il est vrai, mais une passivité tangente – du vicaire du dieu chrétien au massacre massif d’êtres humains. Dans l’équation éthico-religieuse: «christianisme» et «pape», la quantité constante est «christianisme», alors que l’«inconnue «Pie XII»» est fonction de la valeur de cette constante.

 

Le concept qui inspire à Hochhut ses assertions sur l’essence véritable du christianisme est celui qui prévaut chez la plupart des intellectuels du monde occidental, y compris ceux qui ont abandonné la foi chrétienne, et même chez les juifs qui ont emprunté ce concept aux non-juifs. Or, dans le débat sur la signification et la pertinence de la pièce, le postulat qui inspire les interlocuteurs, partisans comme adversaires, est précisément celui d’Hochhut lui-même: tous sans exception – y compris de nombreux juifs – acceptent comme une donnée fondamentale incontestable que les axiomes attribués par Hochhut au christianisme constituent effectivement le credo et l’essence de la foi chrétienne; en conséquence, le Pie XII du Vicaire est jugé pour ses actes ou ses omissions en fonction de cette image du christianisme. A travers ce miroir, les disciples de Hochhut considèrent que Pie XII a failli à son apostolat et trahi son Dieu. De même; les avocats du pape s’appuient sur ce même critère pour juger son attitude et sa conduite, mais par contre, ils nient les faits qui lui sont imputés dans la pièce. Pour eux, cette version des faits n’est qu’une pure calomnie. En d’autres termes, s’ils admettaient la véracité des faits reprochées par Hochhut, ils ne pourraient que se joindre au blâme de l’homme qui a pour mission suprême de représenter le Christ sur terre, comme le fait l’auteur de la pièce.

 

Or, nous nous opposons à cet amalgame qui rassemble, en fait, dans le même camp, adeptes et détracteurs, autour des mêmes critères, qu’ils soient chrétiens ou juifs. Notre objection s’adresse d’ailleurs en premier lieu aux juifs, ce qui la rend d’une importance capitale puisqu’elle porte sur la relation judaïsme-christianisme, pervertie par les thèses de nombreux juifs.

 

Car la préhension de cette relation n’est pas conditionnée par les faits et l’attitude du pape Pie XII, par la position déclarée, ou plus exactement par les positions déclarées de l'Église, qui varient tout au long des siècles, au gré de ses intérêts, temporels ou non. Cette relation est déterminée par la nature de l’attitude du christianisme envers le judaïsme et ne saurait varier – et dans ce sens, tout au moins, Hochhut a commis une erreur abyssale. Si les faits sont tels qu’ils sont rapportés dans la pièces, et surtout si tel est le cas (et tout ce qui a été publié ces dernières années non seulement confirme la thèse de l’auteur du Vicaire, mais encore prouve que dans la connivence Hitler-Pie XII, la part du Souverain Pontife n’était pas seulement passive) du point de vue de la chrétienté, l’attitude de Pie XII est au-dessus de tout reproche et les accusations lancées contre lui (trahison de son Dieu, etc.) ne sont nullement justifiées; au contraire: en tant que chrétien croyant (et il serrait aberrant d’en douter) et dans la mesure où il se considère comme le vicaire du Christ sur terre (et là aussi, il ne saurait en être autrement), il ne pouvait agir autrement qu’il ne l’a fait. L’action (ou l’inaction) de Pie XII n’était rien d’autre que la réalisation de ce que le christianisme contient en puissance depuis l’époque de «cet homme» (C’est ainsi que le juif croyant désigne le Nazaréen, pour ne pas prononcer son nom. NdT), avec toutes les implications du credo et du sens profond de cette foi pour le chrétien croyant.

 

Car la thèse dont traite Hochhut ne porte pas sur l’attitude du Souverain Pontife face au massacre d’êtres humains – ce que l'Église catholique ne saurait admettre -, ni même sur le meurtre gratuit d’une multitude de juifs – et là aussi cette même Église pourrait se montrer réticente; la thèse du Vicaire, c’est le pape Pie XII devant le massacre de millions de juifs dans le cadre d’un projet: l’extermination du peuple juif tout entier, dans sa totalité, ce qui signifie anéantir le judaïsme en tant que tel et l’effacer de la surface de la terre. Le projet de cet anéantissement total n’est pas un phénomène qui aurait germé sur le terreau du christianisme ou qui lui serait subsidiaire, suite à un processus historique donné et qu’il pourrait donc surmonter, ou même rejeter, un de ces jours… Ce projet, ce dessein, c’est le christianisme lui-même en tant que tel, c’est sa nature et son essence même, et ce, depuis que le Dieu chrétien a fait son apparition sur la terre. Et cette essence n’est pas autre chose que la négation du droit d’exister au judaïsme; plus encore: la négation de son existence factuelle. Il faut rappeler ici que la relation du christianisme envers le judaïsme est essentiellement différente de celle adoptée par les autres religions et croyances – à la foi idolâtres et islam – qui nient le judaïsme ou le rejettent. Le christianisme, lui, ne renie ni ne rejette le judaïsme; au contraire: il prétend que le judaïsme, c’est lui et qu’en dehors du christianisme, point de judaïsme! C’est d’ailleurs sur cette prétention qu’il fonde sa légitimité et se justifie en tant que tel – il ne pourra donc jamais y renoncer. Pour le christianisme, un judaïsme non chrétien n’a plus d’existence légitime et sa présence factuelle ne peut être interprétée que comme un phénomène marginal, une anomalie dans le bon ordre du projet divin. Ceci étant, l'Église ne pouvait tolérer la continuité existentielle du peuple juif que dans la mesure où cette existence ne s’insère pas dans la réalité normale du monde, étant bien entendu que le monde ne peut être que celui de la chrétienté, dont les fils sont les «véritables juifs». Le peuple juif ne pouvait donc exister qu’en tant que phénomène monstrueux: peuple banni, rejeté, maudit et méprisé. Or, l’entrée des juifs dans la vie normale de la société chrétienne, en tant que juifs, depuis l’émancipation, constituait aux yeux de l'Église un menace pour la légitimité même du christianisme, puisque celui-ci ne se justifie qu’en tant qu’héritier du judaïsme – et le légataire ne saurait prétendre à l’héritage aussi longtemps que le testateur est en vie…

 

Disons qu’a priori l'Église ne visait pas l’extermination physique du peuple juif; elle ne voulait que la disparition du judaïsme en tant que tel et rien ne lui était aussi précieux que la conversion d’un juif, puisque témoignage de sa Vérité. En d’autres termes, l'Église voulait le «repentir» des juifs, et non leur mort. Mais une expérience millénaire lui avait fait comprendre que la conversion totale du peuple juif était chose impossible. Or, «le judaïsme ne disparaîtra qu’avec le dernier juif». En conséquence et a posteriori, seule l’extermination des juifs pouvait sauver la Vérité du christianisme.

 

Et c’est ici que l'Église se heurtait à un cruel dilemme: d’une part, le besoin, et même la nécessité de l’extermination des juifs; et d’autre part, l’impossibilité pour elle d’exécuter elle-même un tel dessein, ni même de le réclamer ouvertement, puisque ses dogmes et ses principes déclarés lui interdisent de «verser le sang», pas même celui des hérétiques (qu’elle ne faisait que «livrer au pouvoir temporel» tout en implorant la miséricorde divine pour le salut de leur âme), et bien entendu pas davantage le sang juif. Dans cet esprit, il est évident que l’apparition de Hitler était providentielle pour elle: ce que l'Église ne pouvait, mais désirer faire, un autre allait s’en charger. Le Souverain Pontife, l’incarnation suprême du chrétien sur terre, berger et chef spirituel de toute la chrétienté, ne pouvait pas ne pas voir le doigt de Dieu dans l’entrée du Führer sur la scène de l’Histoire, promoteur et instrument de la «solution finale» du «problème juif» - solution qui permettrait enfin à l'Église de réaliser l’aspiration qui est son fondement même et sa légitimité: la suppression de la foi d’Israël. Ce n’est certainement pas l’amour de Hitler et l’adhésion au nazisme qui ont inspiré le pape Pie XII. Il est même aisé d’imaginer ce qu’un homme aussi raffiné que Pacelli, aristocrate véritable et grand érudit, a dû ressentir devant la vulgarité, la brutalité et la barbarie qui caractérisaient les dirigeants du IIIe Reich. Toujours dans cet esprit, le pape ne pouvait prétendre agir contre la Providence divine qui avait amené cette bande de brigands au pouvoir pour en faire l’instrument du châtiment céleste à l’encontre des juifs, châtiment dont l'Église a le plus grand besoin pour asseoir sa victoire historique. Ceci admis, le pape ne pouvait s’arrêter à la démarche des quelques rares prêtres et brebis de son troupeau qui, inspirés par l’amour de l’homme et la pitié – sentiments humanistes, donc laïques -, prétendaient défendre les juifs contre la volonté du Dieu chrétien et contre les intérêts de son Église Ce n’était donc ni couardise personnelle, ni calculs politiques ou historiques (la peur du communisme, incarnation de l’athéisme), ni le soucis du statut légal des biens de l'Église dans les pays occupés par les nazis qui ont motivé l’attitude du pape, comme semble le croire et le laisse entendre Hochnut. Pie XII a été guidé par les intérêts du christianisme ; en tant que « chrétien-major », premier par le rang, il ne lui était pas permis d’empêcher la « solution finale » de la « question juive » ni de lui faire obstacle, puisqu’elle devait sonner la victoire éclatante et définitive du christianisme. Pacelli n’a pas trahi le Dieu des chrétiens : il a, au contraire, agi en fidèle apôtre de son Dieu.

 

C’est si vrai que cette attitude du christianisme envers le judaïsme n’est même pas camouflée par la farce du « Document juif », approuvé par « Vatican II » et les héritiers de Pie XII, vingt ans après l’extermination physique de l’essentiel du peuple juif. Parce que ce n’est pas le mythe de la vie de « cet homme » et de sa crucifixion par les juifs qui est à l’origine de la haine du judaïsme par les chrétiens, mais le fait même de la continuité, de la permanence du peuple juif, qui est en quelques sortes, répétons-le, la négation du christianisme. L'Église peut bien présenter et commenter la mise à mort du Dieu chrétien par les juifs, suivant ses formes de propagande, les conditions et les circonstances, qui varient au gré des siècles. Aujourd’hui, il est dans on intérêt de brouiller le mythe de l’accusation de déicide contre le peuple juif, pour plaire à ses fidèles dans les « pays éclairés » de l’Occident, qui ont été formés et éduqués dans l’esprit des différentes écoles humanistes et libérales de la laïcité et ont été traumatisés par les horreurs de la « solution finale » - mais aussi pour relancer l’évangélisation des juifs à une époque où un nouvel essai de cette « solution finale » paraît peu probable. Mais tout cela ne change en rien l’attitude fondamentale et essentielle du christianisme : la négation même de l’existence du judaïsme – et il est probable que l'Église ne refusera pas son appui passif (et peut-être même actif) à toute velléité de cette « solution », si l’occasion devait s’en présenter à l’avenir. Et la décision rendue par « Vatican II » n’aura pas le moindre effet sur l’attitude affective du chrétien croyant envers le judaïsme, puisque le fait historique reste là : « Si nous sacrifions l’abomination des Égyptiens sous leurs yeux, ne nous lapideraient-ils point ? » (Exode VIII, 26). Cette haine éternelle du christianisme pour le judaïsme est également sensible dans les classes cultivées du monde occidental qui ont abandonné la foi chrétienne, mais ont été éduqués et formés dans un milieu culturel européen, dont les valeurs et les concepts ont poussé sur le terreau du christianisme. Et même lorsque ces gens éclairés ont réussi à surmonter cette haine consciente pour les juifs, ils n’en ressentent pas moins – inconsciemment, mais parfois en toute conscience – une violente aversion pour le judaïsme, ou pour le moins un sentiment d’étrangeté envers les juifs, qui n’a absolument rien à voir avec la xénophobie courante. C’est ce que ressentaient, au siècle des Lumières, Voltaire, Gibbon, Kant, Goethe et Hegel pour le judaïsme, et par voie de conséquence envers les juifs ; et ce phénomène persiste jusqu’à nos jours : il est difficile d’expliquer autrement l’indifférence du monde occidental éclairé et libéral envers le génocide du peuple juif par les Allemands ; difficile de comprendre l’attitude de personnages comme Roosevelt et Churchill, qui n’ont pas levé le petit doigt pour tenter de sauver les juifs, si l’on n’admet pas que dans leur subconscient ils percevaient les juifs comme « étrangers » dans le sens le plus profond du terme, des « gens pas de chez nous » et qui n’entrent pas tout à fait dans la catégorie des « gens comme tout le monde ».

 

Pour ces raisons, une « coexistence idéelle » entre judaïsme et christianisme n’est pas possible, tout comme un « dialogue judéo-chrétien » qui soit sincère. Un tel dialogue entre judaïsme et christianisme (à ne pas confondre avec un débat entre juifs et chrétiens) auquel aspirent tant certains cercles de juifs libéraux n’est possible que si les porte-parole du judaïsme sont des juifs parvenus à un degré de déjudaïsation au point d’avoir perdu la signification même de la suppression de la Thora et des mitzvoth, et si ceux du christianisme, de leur côté, sont déchristianisés au point d’avoir perdu la notion de l’homme-Dieu, rédempteur de l’humanité.

 

Article paru dans Déot n° 28, 1964

Y.Leibovitz

: « Judaïsme, peuple juif et État d’Israël » Éditions J.C. Lattès, 1985

Traduit de l’hébreu par Gabriel Roth, préface de Henri Atlan

 

 

 

Annexes

1.

«Où il y a eu des résistances qui se sont exprimées fortement, les nazis ont été entravés dans leur entreprise. Y compris en France. La déclaration de Saliège a provoqué, incontestablement, une prise de conscience et dans la police, dans l'administration, il y a eu des freins qui se sont mis à fonctionner beaucoup plus fortement qu'avant ! Il y en a toujours eu, des freins. Ce qu'on pouvait faire, ce n'est pas amadouer les nazis, c'était absolument impossible, mais ce qu'on pouvait faire c'est mobiliser les anti-nazis de façon à ce qu'ils sortent d'une espèce de passivité un peu réprobatrice vis-à-vis de ce qui ce passait avec les Juifs, à un engagement positif. C'est ça qui est un véritable enjeu. (…) Quand, par exemple, Stepinac, en Croatie, a crié, il s'est passé quelque chose, quand le nonce, à Budapest, a titillé Ortie et cette bande de semi-fascistes qui étaient autour de lui, ça a freiné pendant quelques temps la déportation des Juifs hongrois ! Il a fallu que les Allemands s'y mettent directement. Et on pourrait multiplier les exemples. Il y a donc eu là des possibilités non pas de modérer les nazis -c'était une idée absolument utopique- mais de freiner leur action.»

 

Paul Thibault, ancien rédacteur en chef de la revue Esprit, ancien président des Amitiés judéo-chrétienne. France Culture, Répliques, Emission sur le Pape Pie XII, Février 2010.

http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/repliques/index.php?emission_id=14

 

2.

Olivier Abel, professeur de philosophie éthique à la Faculté libre de Théologie Protestante de Paris répond, lors d'un colloque, à l'article de Y.Leibovitz traduit ci-dessus:

http://www.akadem.org/sommaire/themes/histoire/7/2/module_3372.php

 

3.

Signalons le n°34, 2008/2 de la revue Cités dans lequel plusieurs articles et analyses présentent et répondent aux thèses de Leibovitz.

 

 

 

 

 

 

 

LA MAUVAISE CONSCIENCE D'ISRAEL

ENTRETIENS AVEC JOSEPH ALGAZY

VERSION NUMERIQUE

 

http://www.defeatist-diary.com/index.asp?p=lang_new10268&period=26/4/2010-29/6/2010